les minuscules

Site d'art consacré aux livres minuscules

Friday, March 03, 2006

Le monde étrange et fascinant des minuscules

L’ÉTRANGE ET FASCINANT MONDE DES MINUSCULES.

Il existe un monde mystérieux, inconnu du public. Un monde qui a ses propres règles, ses mystères, ses initiations, et ses joies sublimes, un monde réservé aux initiés, il s’agit du monde des livres miniatures qu’on appelle aussi minuscules.

Un livre miniature n’est pas seulement un livre, mais c’est presque toujours un chef d’œuvre. Pour les artisans du livre : imprimeurs, relieurs, illustrateurs et graphistes, le minuscule naît d’un défi, défi à l’art, et à la technique.

Les livres minuscules ne doivent pas dépasser 7½ cm ou 3 pouces sur chacun des côtés. Ils existent depuis des temps immémoriaux. Certains collectionneurs possèdent des tablettes et des rouleaux babyloniens qui datent de 2150 avant notre ère et la Lily Library d’Indianapolis possède un livre d’heures manuscrit fait à Bruges, qui date de 1440. Le livre minuscule imprimé apparaît à peine plus tard que l’invention de l’imprimerie. En 1486 Naples voit la publication de l’Officium Beatae Virginis Maria qui mesure 7½ x 5cm ou 3 pouces par 2 pouces, dont on conserve encore trois exemplaires.

Les premiers livres imprimés étaient des livres religieux, parmi eux il y a des livres d’Heures enrichis d’enluminures qui sont de pures merveilles. Dès le seizième siècle les minuscules ont abordé tous les sujets du savoir et de l’imagination humaine. À côté des livres charmants, faits pour être transportés dans des bourses et pour le plaisir des lecteurs, il y a ceux qui relèvent le défi ultime, celui d’être le plus petit. En 1674 est publié à Amsterdam un petit volume de 11x9mm dont le titre est Bloem-Hofje et qui contenait un poème. Il était magnifiquement relié en maroquin rouge et doré et avait un fermoir en métal. Il détiendra le titre du plus petit du monde pendant deux siècles. Un des exemplaires a atteint la somme de 14.950 dollars U.S. dans une vente aux enchères en 2005. D’autres merveilles l’ont concurrencé à travers les siècles dont le très fameux Oranje Geslagt, qui raconte dans un poème les rois de la famille d’Orange. Il mesure à peine 15x11mm publié également en Hollande en 1749. Le plus petit livre au monde est aujourd’hui The Twelve Horary Signs – Chinese Zodiac qui a été publié par le Printing Museum de Tokyo avec la Toppan Printing Company du Japon. Il mesure 0.95x 0.95mm ou 0.0374 by 0.0374 pouces. Il faut une aiguille fine pour tourner les pages et une très puissante loupe pour le lire.

De nombreux collectionneurs préfèrent les minuscules de taille un peu plus grande. Les livres de 1 pouce de haut ont leurs adeptes. Ils sont appelés des livres de maisons de poupées et il y a des éditeurs célèbres qui ne font que ce format de minuscules. Ces minuscules sont souvent étonnants de perfection, avec des tranchefiles, des pages de gardes, des illustrations très belles et très prolixes, des couvertures pleine-peau avec des dorures parfois étonnantes, en style français du 16e ou du 18e siècle. Dans cette taille on peut trouver des textes passionnants et lisibles à l’œil nu. D’autres collectionneurs portent leur dévolu sur des minuscules un peu plus grands, de deux ou trois pouces, que l’on peut manipuler plus aisément.

Les minuscules sont des objets fascinants. Placez-en un dans une bibliothèque de grande valeur et tous les yeux se porteront sur le minuscule. Ils règnent en maîtres, «small is beautiful». Voilà pourquoi ces petites créations traversent la barrière du temps. Personne n’aurait le courage de les maltraiter ou de les jeter. On les conserve avec amour et ils passent de génération en génération par les bibliothèques d’avides collectionneurs et de bibliophiles raffinés qui leur consacrent une partie de leur fortune et une grande part de leur temps.

Collectionner des minuscules c’est avant tout une chasse fascinante, car la plupart sont émis à tirage limité. On les trouve rarement dans des librairies commerciales. Ils logent plutôt à l’enseigne des librairies anciennes, et parfois de grandes collections sont dispersées dans des ventes aux enchères où ils atteignent des hauts prix. Il arrive que des brocanteurs détiennent un ou deux titres oubliés depuis des décennies dans un tiroir quelconque et que l’on peut acquérir alors pour quelques billets.

On peut bâtir une collection selon ses goûts et ses intérêts. Certains collectionneurs se spécialisent dans un sujet : les proverbes, l’histoire, l’art, la religion, l’humour, les livres pour enfants, d’autres préfèrent les livres d’une taille déterminée. Il y a d’immenses bibliothèques de minuscules, celle de Ruth Adomeith contenait plus de dix mille volumes, pour la plupart de grande valeur, celle de Caroline Lindemann en contient onze mille.

Le monde des livres minuscules c’est un de mystère, de chasse, de secrets chuchotés, de trésors retrouvés, et surtout de passion, car sans passion on ne produit pas des objets aussi beaux et aussi difficiles, sans passion on ne bâtit pas non plus des collections fascinantes.

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